Avoir le feu sacré

Il est 22h00 lorsque le train arrive en gare de Probolinggo, sur la côte nord de Java. Après avoir rempli le formalités d’usage pour l’enregistrement des visiteurs, le jeune homme responsable du service de nuit m’accompagne jusqu’à ma chambre. L’hôtel offre des chambres propres mais surtout un vrai lit. Quel luxe !

Cela fais bien longtemps que mon sommeil est bouleversé par les inquiétudes, les ruminations du passé, les peurs de l’avenir. Cependant, à cet instant ce n’est pas ce genre d’insomnie qui me perturbe. L’emballement pour le programme de demain me plonge dans une certaine excitation, et puisque je ne parviendrai pas à m’endormir de suite, autant en profiter pour passer un peu de temps avec mon hôte.

Alors que je prépare la suite du voyage, le jeune homme me propose un thé que j’accepte avec plaisir. Je partirai pour le village de Cemoro Lawang, situé sur la crête de la caldeira du Tengger qui accueille l’un des plus actifs et sans doute le plus beau volcan d’Indonnésie : le Bromo.

“Cemoro lawang ?” me demande t’il avec élan.

“Yes, I’m going to there tomorrow.”

“Do you need transport ?”

Cette phrase je l’entendrai des dizaines de fois pendant toute la durée du voyage, avec quelques nuances dans le ton et l’insistance selon les régions.

“Oh, yes please.”

Le jeune homme me propose de me rendre au village en ojek, ces scooters à vitesses présent partout depuis mon arrivée, et s’occupe de la réservation de la chambre dans laquelle je passerai la nuit suivante.

“Jeep ?” me demande t’il d’un ton chaleureux

Il est possible de se rendre jusqu’au point de vue le plus haut de la caldeira en jeep pour admirer le soleil levant dont les premiers rayons enflamment les dômes volcaniques à l’aube. De plus les hôtels proposent des packages incluant également les billets d’entrée pour le parc national du Tengger. Mais je suis inspiré par la randonnée et je préfère m’y rendre à pied.

Après avoir partagé le thé avec mon hôte, je me dirige avec entrain vers ma chambre pour me reposer.

Susciter l’enthousiasme

“Rien de grand ne se fit jamais sans enthousiasme.”

– Ralph Waldo Emerson –

A peine le temps d’enfourcher la monture motorisée et ce sentiment d’exaltation éprouvé pendant le trajet vers Borobudur rejaillit. Le village est en fête aujourd’hui, l’ojek se faufile sur le bas côté pour dépasser la foule constituée par les écoliers en tenue traditionnelle, marchant derrière la fanfare dont la musique enivre les rues.

Nous quittons l’animation et la ferveur de la ville pour emprunter la seule route de montagne menant à Cemoro Lawang. J’affectionne particulièrement ce mode de transport, même si les bemo (mini bus) sont plus rapides, je peux ressentir le vent, la chaleur du soleil et profiter des paysages. Découvrant les petits villages parsemés sur le chemin, avec ces mini station essence auprès desquelles les chauffeurs s’approvisionnent. Le carburant est vendu au litre, entreposé sur des étagères branlantes, dans des bouteilles en verre.

C’est l’aventure. Chaque kilomètre effectué me rempli, je me sens connecté à quelque chose de profond, à un idéal. Durant les deux heures de trajet c’est l’extase, il y a quelque chose de l’ordre de l’infini, de l’éternité, du divin. L’expérience en devient presque mystique, venant combler la totalité de la conscience.

C’est avec engouement que je découvre ma destination. L’homestay dans lequel je passerai la nuit accueille Yulianto, venant de Bornéo, il est venu passer une semaine sur Java. Les habitants du village ne parlant pas un mot d’anglais, Yulianto vient à mon aide en me servant de traducteur.

“Tow hundred for the room.” me dit-il

Je n’ai plus assez d’argent pour payer la chambre, heureusement mon compagnon de route qui m’a emmené jusqu’ici est encore là et accepte de me conduire à un distributeur. Suscitant un plaisir intense, cette proposition me soulève encore une fois le temps de faire l’aller et retour.

Yulianto est un passionné de photographie, il souhaite faire quelque clichés et nous sortons pour marcher dans le village avant de passer la soirée dans l’un des restaurant.

 

 

 

 

 

 

L’ambiance est chaleureuse, dans l’établissement mais la nuit apporte son lot de confusion chez certains touristes. Comme cet homme entrant soudainement en demandant si quelqu’un parle français.

Il a l’air paniqué, il est vrai que les pratiques dans le village ont tendance à vous faire penser que vous êtes au milieu d’une mafia bien organisée. Les prix se déterminent à la tête du client, les enfants “encaissent” les règlements et ces méthodes sont la cause de bien des désillusions.

L’homme prend place à côté de moi après avoir commander son repas.

“J’ai mal à la poitrine.” me dit-il.

Vérifiant qu’il n’a pas d’antécédent cardiaques, j’essaie de le rassurer mais son angoisse devient parfois contagieuse et sème chez moi comme un trouble faisant retomber mon ardeur du moment.

Une fois rentrés à l’homestay, mon nouveau compagnon de voyage me propose de partager une jeep pour nous rendre au point de vue dans la nuit. Même si je me suis pris de sympathie pour lui, j’ai la volonté d’aller jusqu’au bout de mon ambition. J’ai trop longtemps souffert de l’indécision avant mon départ et je souhaite retrouver ma capacité à agir avec ce le seul moyen que j’ai à disposition pour le moment : le défi.

De petites choses peuvent vous plonger dans un vitalité intense. Dans quels moment vous vous sentez connectés à quelque chose de profond en vous ? L’enthousiasme est le signe que vous vous dirigez vers un but important pour vous. Quel but souhaitez vous atteindre ? Que ressentez-vous quand vous approchez ce but ? Les peurs de certaines personnes peuvent couper ce sentiment et diminuer votre énergie, changeant votre perception de la situation.

Faire preuve de détermination

“Tout obstacle renforce la détermination. Celui qui s’est fixé un but, n’en change pas.”

– Léonard de Vinci –

Il est 23h00 et il reste trois heures avant de partir pour l’ascension. Le trouble éprouvé dans le restaurant suite à la rencontre avec cet homme devient de plus en plus présent. La peur refait surface, faisant naître des scénarios négatifs concernant mon expérience à venir, et de fil en aiguilles sur ma relation avec Julie… Seul, sur mon lit, au milieu de ce village perché à 2000 mètres d’altitude, je fais face à mes démons intérieurs. Que fait-elle en ce moment ? Avec qui se trouve t’elle ? Mais l’activité nocturne débute dans le village, les premières jeep viennent chercher les voyageurs.

L’hésitation m’envahit, pourquoi ne pas prendre un de ces véhicules ? Non, ce n’était pas dans ton projet, va jusqu’au bout.

Au bout de vingt minutes de marche, malgré la fraicheur de la nuit, j’enlève mon sweet. Il fait froid mais j’ai chaud ! J’ai un peu sous-estimer le dénivelé et l’effort qu’il va falloir fournir pour arriver au bout du chemin escarpé.

“Attention.” criaient les marcheurs les plus en avant pour prévenir les suivant des trous, des obstacles pouvant nous faire tomber pendant le parcours.

Après une heure, seul le souffle court des randonneurs perce le silence de la campagne. Je n’ai plus de force, tenté plusieurs fois par l’idée de faire demi tour, d’abandonner. Me reposant parfois, puis repartant avec fermeté et acharnement pour réaliser mon intention.

J’aligne chaque pas avec constance car je sais que chacun d’entre eux me mènera au sommet. Au bout de trois heures, le bruit des jeep se fait entendre, nous rejoignons la route principal et le soleil va bientôt faire son apparition. Encore un peu de courage et la récompense sera là.

Lorsque vous vous donnez un objectif, chaque choix allant à l’encontre de votre intention diminue la force de votre volonté. La conscience du but vous permet de rester concentrer et d’éviter les pensées parasites. Quels sont les efforts que vous devrez fournir pour atteindre votre rêve ? Quel en est la prix à payer, en terme d’énergie, de temps, d’argent ? Gardez en tête que quelque soient ces efforts, la récompense est toujours au bout.

 

La traversée du désert : soyez persévérant.

“En persévérant on arrive à tout.”

– Théocrite –

Rejoindre le cratère en moto ou bien à pied ? Restant fidèle à ma décision, cette journée sera bel et bien animé par le sens du défi. Même si la promenade motorisée peut-être distrayante et amusante, l’endroit est doté d’une telle énergie que je souhaite prendre le temps de ressentir cette force venant des profondeurs de la terre.

Arrivé en bas du chemin de randonnée, je retrouve le couple de jeunes tchèques rencontré juste avant le départ. Demandant le chemin pour nous rendre au cratère, un chauffeur de taxi nous mène jusqu’à une brèche, à proximité du village. C’est par ce chemin abrupte que nous descendons dans la caldeira. Le sol est semblable à du sable grisâtre sur lequel chaque pas laisse son emprunte, nous sommes les seuls marcheurs dans la zone.

Je ne sais pas par où ils sont arrivés, mais ils ont dû nous voir descendre par la brèche. L’un des deux hommes arrivés subitement à moto pour nous barrer la route à l’air mécontent. Le deuxième s’efforce de traduire ses paroles.

“Where do you go ? Have you got tickets ?” s’exclame t’il avec insistance.

Visiblement le chauffeur ne nous a pas conduit à l’entrée officiel du parc naturel et nous n’avions pas le droit de passer par la brèche qu’il nous a montré. Et dire que nous l’avons payé pour ça…

Le jeune couple sort un coupon qu’ils ont achetés dans l’hôtel où ils ont dormi avant de venir ici, quant à moi je n’ai aucun ticket d’entrée.

L’homme qui s’était présenté comme un gardien du parc me dit que soit je vais jusqu’à l’entrée du parc, en marchant 1h30 aller et retour, pour acheter un ticket qui coûte environ 300000 roupies, soit je paye 400000 maintenant et on en parle plus. Cela me semble véritablement injuste, il sait très bien que je ne vais pas perdre mon temps.

Peu importe, je ne le laisserai pas avoir ma colère. Lorsque l’on sort des sentiers battus, il faut parfois accepter d’en payer le prix.

Il est 8h00 du matin, la température ambiante monte très vite dès qu’il fait jour, cela fait 5h00 que je marche et mes jambes commencent à souffrir. La traversé de la caldeira devient de plus en plus difficile. Malgré cela, nous persistons avec ténacité sans perdre le rythme. Passant devant le temple hindou Poten Bromo situé au pied du cratère qui nous signal que nous touchons au but.

Les escaliers menant au cratère me paraissent être une épreuve insurmontable. Allons, encore un peu de patience et tu auras triomphé d’un obstacle de plus.

Le voici, le feu sacré. Cette force qui pousse tout sur son passage pour émerger, jaillir vers la surface, libérant une énergie enfouie et dirigé avec puissance vers le ciel.

 

 

 

 

Parfois, tout semblera aller contre vous. Trop difficile, trop long, trop douloureux, comme si la vie testait votre véritable désir. Si vous abandonnez parce-que c’est trop dur, vous abandonnez pour les mauvaises raisons. Quels épreuves avaient vous franchi jusqu’ici dans votre traversée du désert ? Une séparation, une faillite, un divorce, une trahison, une injustice… Gardez-vous toujours la foi lorsque vous-êtes dans l’adversité ?

La conviction  : devenez inarrêtable

“La conviction est la volonté humaine arrivée à sa plus grande puissance.”

– Honoré de balzac –

Sur la crête du cratère, l’homme du restaurant paraît nouveau, la confusion à laisser place à un large sourire. Mais ce n’est pas le seul à avoir changé. J’ai le sentiment que quelque chose à bouger en moi lorsque j’entame la descente de l’escalier. Comme si je m’étais imprégné de l’intensité de l’énergie du volcan.

Nous faisons route vers le village, mon ojek m’attend pour 10h00. Heuuu, il est 10h00…

Sans leur coupon, mes compagnons de marche ne peuvent pas reprendre la navette qui les conduira pour la suite de leur voyage. A l’entrée du parc, les gardiens refusent de leur redonner celui-ci, ce n’est pas un ticket officiel disent-ils. Ils devront repayer l’entrée une deuxième fois pour pouvoir récupérer le coupon.

Midi, mon ojek m’attend encore. Je rassemble mes affaires et dit au revoir à Yulianto avec qui je prends une photo souvenir.

Neuves heures de marche ! Je viens de faire neuves heures de marche, dont une ascension de trois heures, et je ne suis pas fatigué. J’ai plutôt l’impression d’avoir plus de dynamisme.

Le deuxième objectif du voyage est atteins. Le moteur de l’ojek démarre, et la magie s’opère. Sur le chemin du retour vers Probolinggo, un formidable élan d’autonomie, de pouvoir sur ma vie, me gagne lorsque je mesure l’ampleur du défi réalisé et le chemin parcouru.

A mon arrivée à Jakarta, c’est à peine si je me sentais capable de prendre le bus pour aller à la gare. Et aujourd’hui, je sais avec certitude que je parviendrai jusque Bali. L’objectif que je m’étais fixé.

Le train partant de Probolinggo arrivera en début de soirée à Banyuwangi, ma dernière étape avant l’île des dieux.

A chaque nouveau défi d’une certaine ampleur, l’enthousiasme et l’énergie du début laisse place à un moment d’incertitude, vous faisant visiter vos zones d’ombres. Bon nombres de personnes abandonnent dans cette traversée du désert. Alors que c’est l’épreuve ultime que la vie vous envoi pour réaliser la transformation. Une fois la traversée accomplie, plus rien ne peux vous arrêter. Combien de projets avez-vous abandonné ? Êtes-vous du genre à commencer des nouveaux projets sans jamais ne rien finir ? Comme si vous étiez addict de cette énergie du début.

 

J’espère que ces prises de consciences vous aide à cheminer. Laissez-moi vos impressions sur cet article. Partagez les défis auxquels vous faîtes face, ou ceux que vous êtes parvenu à surmonter. Laissez vos commentaires, je serai ravi d’échanger avec vous.

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Christelle

Quelle détermination la récompense était au bout.
Parfois c est dur d aller au bout de son désir; de le concrétiser comme je me dis parfois dans notre cerveau il y a des petits démons surtout ne rien lâcher et concrétiser ou aller au mieux que l on peut

Reply
Jérémy

Bonjour Christelle, merci. Quelque soit l’effort, il y a toujours une récompense au bout. Parfois c’est juste un peu plus long, comme tu le dis, il faut savoir faire taire ces petits démons. Avant la détermination, il y a l’intention qui doit être ferme et puissante.

Belle journée.

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