Tiffany Buton : honorez vous

Tiffany, tu es blogueuse pour le blog Voyager Heureux, je suis ravi d’avoir la possibilité de te poser quelques questions concernant ton parcours et notamment ton expatriation. Tu as décidé de partir vivre à l’étranger et tu vis depuis maintenant deux ans en Russie, à Moscou pour être exact et j’imagine que cet éloignement a certainement bouleversé ta vie et ta personnalité.

Jérémy : En premier lieu, j’aimerais aborder la question de l’entourage. En effet, lorsque l’on choisi de partir vivre à l’étranger, loin de son entourage, on peut avoir à faire face à beaucoup d’émotions provenant de celui-ci et aussi hésiter de franchir le pas par un sentiment de peur ou même de culpabilité. Comment ta décision a été accueillie par ton entourage ? Et comment toi-même tu as vécu ces moments ?

Tiffany : Tu sais, quand je dis que je vis à Moscou, beaucoup de gens me répondent : « Ohlala, moi je ne pourrais pas ! J’aime trop ma famille… » Je peux te dire que cette réponse fait très mal. Je vis à 2200 km de ma famille et de mes amis et je les aime !

Et en même temps, je comprends les personnes qui pensent cela. Mes petites sœurs, d’ailleurs, pensent ainsi. Elles sont très « famille ». Tu te doutes donc, que c’était plutôt délicat de leur annoncer mon envie de vivre une belle et longue aventure en Russie….

C’est pourquoi, j’ai beaucoup préparé ma famille avant mon départ. En fait, je leur en ai parlé avant même d’être sûre que j’allais partir. Ça a donné : Je vais peut être partir. Je vais partir. Je suis partie. C’est un processus qui a pris beaucoup de temps, peut être 8 mois. Je pense que j’ai fait ça pour préserver ma famille mais aussi moi-même.

En 8 mois, tu peux calmer les craintes et tu peux te projeter aussi. Quand est-ce qu’on s’appellera ? Quand est-ce qu’on se verra ? Et qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? Où est-ce que tu vas vivre ? Je n’avais pas toujours les réponses et en même temps le plus important pour mon entourage, c’était de savoir que je les emmenais avec moi dans mes bagages, en pensées et dans mon téléphone.

Après, c’est vrai que ma famille était déjà habituée à ne pas me voir aussi souvent qu’elle le souhaitait. J’ai vécu 4 ans à Paris. Je pense que ça a aussi facilité les choses.

De mon coté, je n’ai jamais remis en question ma décision de partir vivre à l’étranger. Bien sûr, j’ai stressé devant les préparatifs et à l’idée de vivre dans un pays dont je ne connaissais pas grand chose. Mais la perspective de vivre loin de ma famille ne m’a ni culpabilisée, ni rendue triste parce qu’on peut rester proche tout en vivant loin.

J : Bien sûr, lorsque l’on aime quelqu’un, la distance ne change rien à ce sentiment. Beaucoup de personnes peuvent se côtoyer régulièrement sans vraiment développer des relations profondes, où l’amour inconditionnelle peut prendre place et remplacer toutes les attentes que l’on peut avoir envers les autres. Ce qui, dans ce cas, ne correspond qu’à un amour égoïste empêchant toute autonomie de l’individu.

Partir à l’étranger, se retrouver dans un pays que l’on ne connaît pas peut être déstabilisant car il y a tout à apprendre. C’est le genre d’expériences qui nous font grandir et  qui nous met face à nos responsabilités. Est-ce que tu as réussi à t’intégrer facilement ? Comment as-tu fais pour permettre cela ?

T : Comment te dire… mes premiers souvenirs à Moscou ont été d’être tellement stressée que je dormais tout le temps ! C’était vraiment pas évident. Je me souviens toute la gêne et la difficulté que je ressentais quand j’essayais de communiquer. C’est pourquoi quelques jours après mon arrivée, j’ai commencé à prendre des cours de russe. À peu près 12h de cours par semaine. Je ne prenais pas les cours à domicile. Je me rendais à un institut pour m’immerger le plus possible : prendre le métro, aller au restaurant le midi. Je rentrais chez moi dans l’après-midi et je révisais jusqu’au soir. 4 mois après ce « régime », j’ai pu passer des entretiens en russe pour être professeur de français.

En fait, ce qui m’a permis de m’intégrer facilement c’est de m’être passionnée pour la langue russe et d’avoir beaucoup travaillé. Je pense aussi que d’être sortie de chez moi chaque jour pour faire mes courses, aller au musée, me promener, prendre le métro, ça a beaucoup joué aussi.

Tu as tout à fait raison quand tu dis que ça fait grandir ! Quand tu n’es pas capable de commander au Mac’Do, tu peux à peine y croire. Tu te dis : « Tout est si différent d’un pays à l’autre, même pour commander un coca ?! ». Et c’est là comme tu le dis si bien que tu es face à tes responsabilités. Oui, j’ai fait le choix de partir dans un pays où je ne parle pas la langue, dont je ne connais pas la culture… Faut accepter le sentiment d’inconfort et de gêne, improviser et travailler !

J : Comme je le disais, ce genre de décision change nos vies, notre personnalité et nous enrichi profondément. Cela devait être un réel défi pour toi et j’imagine qu’il t’a fallu franchir certaines barrières émotionnelles. Aujourd’hui, tu développes ton blog, tu as su faire preuve de créativité en te servant de cette étape de ta vie pour t’ouvrir à d’autres opportunités. C’est un gain que tu n’avais pas envisagé avant de partir et finalement cette étape est plutôt une bénédiction. Qu’as-tu retiré d’autre, de façon inattendu, de ce changement, tant sur le plan émotionnel que sur le plan humain, relation à l’autre ?

Quand tu parles de défi, tu as choisi le bon mot. Et quel défi ! Tu sais mon premier souvenir en Russie. C’est moi, seule, à l’aéroport de Moscou. Première expérience à l’étranger. Je ne parlais ni anglais, ni russe. J’avais deux énormes valises de plus de 20 kilos chacune. Je pèse même pas 50 kilos… Et quand je suis passée au niveau du green channel et je me suis faite contrôler. Deux molosses russes que je ne comprenais absolument pas ont commencé à fouiller mes valises, à mettre leurs mains dans mes affaires personnelles… L’angoisse. Ensuite, il a fallu que je trouve mon chauffeur de taxi avec qui on ne se comprenait pas. Il m’a amené a une adresse que je ne connaissais pas. Il y avait de grands immeubles et je ne savais pas dans lequel se trouvait mon appartement. Je ne l’avais jamais vu. J’ai dû me débrouiller pour lui dire d’utiliser son téléphone, d’appeler sur le portable de mon mari mais de me le passer car mon mari ne parlait pas russe non plus… La galère ! Mais tu sais quoi ? J’ai survécu. J’ai passé toutes les épreuves !
Ça m’a coûté, en angoisse, en courage et en énergie. Et en même temps, j’ai tellement gagné. J’ai gagné des souvenirs inestimables, beaucoup d’amour, et des passions. Bien sûr, j’ai aussi gagné des sentiments de fierté et de confiance. Quand j’y pense, j’ai les larmes qui me montent aux yeux. Je me dit quelle chance j’ai eu de vivre cette expérience.

Ce qui m’émeut le plus, et d’ailleurs c’est ce qui m’a poussée à créer mon blog voyager heureux, c’est l’amour qu’on peut ressentir pour un pays et un peuple qui n’est pas le sien. En faisant mes valises pour partir vivre à l’étranger et découvrir la Russie, je n’avais pas imaginé recevoir ce cadeau de la vie. Malgré la barrière de la langue, malgré les différences culturelles, on peut aimer et être aimé. On peut choisir de voir le meilleur et de ne retenir que le meilleur. Personne n’est parfait, aucun pays, aucune culture ne l’est.

J : Merci de rappeler l’importance de s’ouvrir aux autres, de briser les frontières qui peuvent séparer les peuples pour finalement ne pas s’enfermer dans telle ou telle culture, coutume, nationalité mais d’adopter une vision plutôt globale de l’humanité.

Si tu avais trois conseils à donner aux personnes qui hésitent à partir à l’étranger pour vivre une aventure comme la tienne, quels seraient-ils ?

T : Si je comprends bien, ce serait des conseils pour des gens qui rêveraient de partir à l’étranger et qui en même temps ont du mal à franchir le pas ?

J’imagine que si ces personnes hésitent, il y a la question de l’entourage. Comment vont-ils le prendre ? Est-ce qu’ils vont m’en vouloir ?

Si toi aussi tu te poses cette question, je te conseillerais : Honores-toi ! N’écoute que toi et tes rêves !

Tu sais, je m’imagine souvent parler à mes futurs petits-enfants. Qu’est-ce que j’aimerais leur raconter ? Pour certaines personnes, leur rêve serait de raconter et de montrer les photos de tous les anniversaires, les barbecues passés en famille. Pour moi, et peut être pour toi aussi : ce serait de raconter mes aventures à l’étranger. Leur raconter ces moments de partage, d’amour même que j’ai vécus avec des gens du monde entier ! En fait, c’est un choix que toi seul peut faire ! Et faut le faire pour toi.

Le deuxième conseil, c’est qu’une fois que tu as fait ce choix. Parles-en ! Autant de fois que possible. Parle avec ta famille, tes amis, écoute ce qu’ils ont à te dire. C’est aussi important pour eux que pour toi que de se sentir écoutés. Même si parfois ce que tu vas entendre va te faire mal. Souviens-toi de ce que j’ai entendu de la bouche de ma propre famille : « Moi, je ne pourrais pas partir. J’aime trop la famille. » Ne laisse pas les croyances des autres te dicter tes choix.

Le troisième conseil… J’aimerais te dire de ne pas trop te prendre au sérieux et de ne pas prendre la vie au sérieux. Quand tu pars à l’étranger, tu n’as rien à prouver, que ce soit aux autres et vis à vis de toi-même.  Vis l’expérience que tu souhaites. Par exemple, je pense à l’apprentissage de la langue. Certains font beaucoup d’effort pour apprendre la langue du pays, d’autres non. Là encore il n’y a aucune règle. Toi seul, décide.

J : C’est intéressant ce que tu dis. Cela rejoint un de mes articles sur les croyances limitantes que l’on peut développer tout le long de notre vie et l’impact de notre entourage sur la construction de ces croyances.Il me semble important également de rester dans le plaisir de l’expérience et de ne pas prendre la vie trop au sérieux, de voir celle-ci comme un jeu.

La Russie n’est pas une destination définitive pour toi, quels sont tes projets pour l’avenir ?

T : C’est amusant que tu me poses cette question. Si tu m’avais posée cette question il y a 2-3 semaines ma réponse aurait été très différente. Tu sais, je devais rester 3 ans en Russie et, finalement je n’aurais fait que deux ans. La Russie a été un tremplin extraordinaire dans ma vie. J’ai appris beaucoup de choses sur l’importance de s’ouvrir aux autres et aussi à soi-même. En France, je voulais tellement faire comme les autres que j’en avais oublié de développer mes propres passions. En Russie, en étant à l’abri de la pression sociale qu’on peut ressentir en France, je me suis trouvée. J’ai découvert que ma ville de cœur était Paris. J’ai aussi cette volonté d’enseigner, de transmettre et de partager. Avoir eu la chance d’enseigner le français et créer le blog voyager-heureux en Russie, ça m’a beaucoup aidée. J’ai aussi eu la chance de pratiquer le yoga à Moscou. Et, je veux apprendre à enseigner le yoga.

Tu sais, j’ai tellement envie de rire de joie quand je dis ça. Je suis passée de l’assistante comptable, ne parlant ni anglais, ni russe, à enseignante, voyageuse, blogueuse et amoureuse du russe et de la Russie. Qui aurait su qu’un simple « Oui, je veux partir en Russie. » pouvait autant changer une vie… Alors vraiment si toi qui lis ces mots tu doutes de ton rêve, de ton choix à vouloir partir, je te le dis : Fonce !

J : Merci beaucoup d’avoir partagé un moment de ton chemin et une part de toi, je te souhaites d’autres belles aventures. Pour ceux qui souhaitent en connaître davantage sur les voyages et profiter des conseils Tiffany, vous pouvez la retrouver :

Si vous connaissez des personnes qui pourraient tirer profit des conseils de notre ami Tiffany, n’hésitez pas à partager cette interview pour les aider. Vous pouvez même leur donner ces conseils et les soutenir vous même.

J’aimerais beaucoup poursuivre la conversation avec vous. De votre côté, avez-vous des rêves, des voyages que vous voudriez réaliser ? Quels sont vos peurs lorsque vous hésitez à faire ce qui est important pour vous ? Quels sont les obstacles que vous rencontrez ? Avez-vous déjà pensé à partir vivre à l’étranger ?

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